Le feu vert donné au Canadien Falconbridge pour prendre le riche gisement de nickel de Koniambo a été accueilli avec soulagement en Nouvelle-Calédonie, mais aussi avec vigilance quant à la concrétisation d'une usine métallurgique, du fait d'une OPA sur Falconbridge.
"On est content. Cette usine va réellement impulser le décollage économique de la province Nord. Il reste maintenant la mise en oeuvre concrète du projet", a déclaré Victor Tutugoro, porte-parole du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak Socialiste, indépendantiste) et vice-président de la province nord.
"C'est avant tout un soulagement. Falconbridge a affirmé son engagement irrévocable à construire une usine, maintenant il faut qu'elle se fasse effectivement", estime Didier Leroux, membre du gouvernement en charge des mines.
Au terme de plusieurs mois de bataille entre industriels, le tribunal de grande instance de Paris a débouté mercredi le métallurgiste français Eramet de sa demande de gel du transfert des titres de propriété du Koniambo, l'un des plus beaux gisements de nickel au monde, à Falconbridge, associé à la Société minière du sud Pacifique (SMSP), gérée par les indépendantistes.
Le Koniambo est destiné à l'alimentation d'une usine d'une capacité de 60.000 tonnes annuelles de nickel et d'un coût d'au moins 2,2 milliards de dollars dans laquelle la SMSP aura 51%.
Mais une OPA du géant canadien Inco sur son compatriote Falconbridge, qui devrait se conclure fin janvier, est source d'inquiétudes.
Inco construit déjà dans le sud une importante unité métallurgique de nickel, Goro Nickel, de 1,8 milliard de dollars. Il a cependant donné "son agrément express" à la décision de Falconbridge de construire une usine dans le nord.
Le calendrier avancé par les industriels prévoit la fin du chantier de Goro Nickel fin 2007 puis, dans la foulée, le démarrage de la construction de l'usine à Koniambo, dont l'entrée en production est annoncée pour 2010.
"Il y a des incertitudes sur le calendrier. Inco pourrait être tenté de souffler entre les deux projets. Il faut être vigilant", a indiqué Didier Leroux.
Eramet, qui exigeait un engagement clair d'Inco dans le projet du nord, sera en droit d'engager un recours pour récupérer le Koniambo, si aucune usine ne sort de terre.
Ce projet catalyse tous les espoirs du rééquilibrage économique mis sur les rails en 1988, lors de la signature des accords de Matignon, au terme de plusieurs années de violences entre Caldoches et Kanaks. Plus de 70% des 230.000 habitants de Nouvelle-Calédonie résident dans la province sud.
Lors d'une visite sur le Caillou en juillet 2003, le président Jacques Chirac avait qualifié le développement de la province Nord "d'absolument prioritaire".
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