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Les "vols de la mort" ont bien tué des centaines d'opposants argentins
Dept: Buenos Aires
Les "vols de la mort" ont bien tué des centaines d'opposants à la dictature militaire en Argentine, y compris l'une des plus célèbres, Azucena Villaflor, fondatrice du mouvement des Mères de la place de Mai, dont les restes ont été retrouvés dans un cimetière au sud de Buenos Aires.
Des experts argentins en médecine légale en ont apporté pour la première fois la preuve, en annonçant cette semaine avoir identifié son cadavre et ceux de deux autres Mères de la place de Mai, Esther Ballestrino de Careaga et Maria Ponce de Biancoles, et être parvenus à faire la lumière sur les circonstances de leur mort.
Les fractures multiples retrouvées sur leurs corps, enterrés dans une fosse commune après avoir été retrouvés sur une plage, révèlent qu'ils ont d'abord été victimes d'une chute grave, probablement depuis une grande hauteur, selon l'un des experts, Carlos Somigliana. Il n'y a pas de doute possible, d'autant que les rapports médicaux établis en 1977 faisaient état des mêmes raisons pour expliquer les causes de la mort.
Depuis longtemps, familles des victimes et organisations de défense des droits de l'homme accusent les militaires argentins au pouvoir de 1976 à 1983 d'avoir éliminé des centaines d'opposants en les jetant vivants à la mer depuis des avions ou des hélicoptères. Jamais cette méthode d'élimination n'a été reconnue par les responsables de la dictature. Adolfo Scilingo, un des tortionnaires de la célèbre Ecole de mécanique de la marine (Esma), où sont entrés pour ne jamais ressortir vivants des milliers d'opposants, avait certes publiquement reconnu l'existence des "vols de la mort" mais il s'est ensuite rétracté. Il a été condamné en avril dernier à 640 ans de prison par un tribunal espagnol.
"C'est la première fois que sont identifiés des corps rejetés par la mer et que le lien est fait avec ce qui s'est produit auparavant, en l'occurrence, la détention et la disparition" de ces trois femmes, s'est félicité Ana Maria Careaga, fille de l'une d'entre elles, au cours de cette conférence de presse.
Sa mère, ses deux amies, et cinq autres personnes, dont deux religieuses françaises, Alice Domon et Léonie Duquet, avaient été arrêtées en 1977 sur dénonciation de l'ex-capitaine Alfredo Astiz, "l'ange de la mort", qui était parvenu à s'infiltrer dans leur groupe.
Comme tant d'autres allaient le faire pendant plus de trois décennies, ces mères de famille, aidées par les deux religieuses, avaient commencé à manifester inlassablement devant le siège du gouvernement argentin en organisant des rondes dans l'espoir d'obtenir des nouvelles de leurs enfants disparus.
Cette pratique, qui les a rendues célèbres dans le monde, se perpétue chaque jeudi place de Mai à Buenos Aires par des mères ou des grand-mères de disparus, toujours sans nouvelle de leurs enfants ou petits-enfants.
L'ex-capitaine Astiz, tortionnaire qui n'a jamais eu un mot de regret pour ses victimes, avait donné "le baiser de la mort" à Azucena Villaflor, la désignant ainsi à ceux venus l'arrêter.
Incarcérée à l'Esma, sa trace avait ensuite été perdue jusqu'à la découverte de ses restes au cimetière de General Lavalle, à 400 kms au sud de Buenos Aires.
Pourtant, aux alentours du 20 décembre 1977, quelques jours après l'arrestation de ce groupe de femmes, des corps avaient commencé à être rejetés par la mer à Santa Teresita et Mar del Tuyu, deux petites villes balnéaires à 380 kms au sud de Buenos Aires. Ils avaient alors été enterrés sans aucune indentification à General Lavalle, a raconté Ana Maria Careaga.
Ces trois Mères de la place de Mai seront enterrées à nouveau à Buenos Aires, côte à côte, parce que c'est "ainsi qu'elles se sont battues et qu'elles sont mortes", a indiqué Luis Blanco, le fils de l'une d'entre elles.
Quelque 30.000 personnes ont disparu pendant la dictature militaire argentine, selon des organisations de défense des droits de l'homme.
1 comment Posted by . Approved on Monday July 11, @07:37AM [M]
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Une religieuse française réclame justice pour ses compagnes assassinées (Score: 1) - Friday July 15, @04:31PM
Added by Baptiste Cadiou ( #4 ) View comments
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Yvonne Pierron, religieuse française et amie de deux autres soeurs assassinées par les militaires argentins au pouvoir entre 1976 et 1983, a réclamé que justice soit faite en recevant jeudi la légion d'honneur en reconnaissance d'une vie consacrée aux pauvres.
"Il est temps que l'on trouve les preuves de ce qui s'est passé, maintenant que les lois qui protégeaient les criminels ont été abolies", a dit Yvonne Pierron, 77 ans, après avoir été décorée par l'ambassadeur de France à Buenos Aires, Francis Lott.
Les lois amnistiant les militaires pour les crimes commis pendant la dictature ont été définitivement abolies le mois dernier après une décision de la Cour suprême.
Lors d'une cérémonie à l'occasion de la fête nationale française, M. Lott a rendu hommage à Yvonne Pierron, compagne de deux autres religieuses, Léonie Duquet et Alice Domon, enlevées et assassinées pendant les années du "processo", la dictature argentine.
"La France espère qu'après la décision de la Cour suprême, la justice puisse enfin se faire", a déclaré l'ambassadeur.
"Cette décoration est une récompense pour toute ma congrégation, pour toutes les soeurs, où qu'elles soient, qui ont dédié leur vie au peuple. Je la reçois au nom de toutes, des soeurs disparues et de toutes celles qui travaillent dans le monde", a déclaré cette religieuse, qui oeuvre toujours au bien-être des plus défavorisés.
Alice Domon et Léonie Duquet avaient été enlevées en décembre 1977 en même temps que d'autres femmes, membres du mouvement des Mères de la place de Mai, après une dénonciation de l'ex-capitaine Alfredo Astiz, surnommé "l'ange blond de la mort".
"Astiz est un robot de l'histoire, objet et instrument des puissants de ce monde qui veulent tout dominer. C'est l'exemple type du robot qui va jusqu'au bout de son engagement", a encore expliqué soeur Pierron en évoquant la personnalité de l'ex-capitaine Astiz qu'elle a réussi à ne jamais connaître en fuyant l'Argentine où elle était pourtant présente depuis 1955. Elle avait été brièvement arrêtée en 1978 avant de quitter l'Argentine, puis d'y retourner en 1983 à la faveur du rétablissement de la démocratie.
Astiz a été condamné par contumace en France à la prison à vie pour le meurtre des deux religieuses françaises.
Depuis 1983, Yvonne Pierron, vit dans un petit village perdu de la province de Missiones (nord-est) où elle a fondé un foyer d'accueil pour quelque 120
enfants afin qu'ils puissent aller à l'école. Beaucoup de ces enfants avaient fait le voyage jusqu'à Buenos Aires à l'occasion de cette cérémonie à
l'ambassade de France.
Yvonne Pierron a également reçu un mouchoir blanc des mains de Nora Cortinas, qui dirige le mouvement des Mères de la place de Mai, et une broche de celles de la présidente des Grands-Mères de la Place de mai, Estela Carlotto, deux mouvements de défense des droits de l'homme qui continuent inlassablement à réclamer des informations sur le sort des enfants et petits-enfants disparus pendant la dictature.
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