|
Dept: Buenos Aires | Pour sa quatrième édition, le championnat du monde de tango, qui se déroule à Buenos Aires jusqu'au 27 août, continue d'attirer des centaines de danseurs, fascinés par la magie de cette danse dont le succès ne se dément pas.
A l'entrée de La Rural, immense parc d'exposition dans le centre de Buenos Aires où se déroule cette compétition, 200 personnes attendent dans le froid de l'hiver austral, mais pour rien au monde ils ne cèderaient leur place.
Gloria et Eduardo Arquimbau, couple mythique du tango argentin, s'apprêtent à donner un cours gratuit dans le cadre de ce championnat qui est aussi une fête du tango. L'espace d'une heure, dans un immense hangar, ces adeptes du 2/4, le tempo du tango, vont s'affronter sur sol de bois sombre.
"C'est une question d'élégance. Les pieds, c'est dans la tête", tente d'expliquer Atilio, qui fréquente depuis toujours les milongas, ces dizaines de lieux éparpillées dans Buenos Aires où, toutes générations confondues, on danse le tango jusque tard dans la nuit.
A La Rural, le cérémonial est le même. Des hommes et des femmes venus du monde entier, en jeans ou en costumes trois pièces, se tiennent face à face avant de se lancer sur la piste. Véronique, la quarantaine sophistiquée, est venue de France avec des amis. "Je danse pour m'amuser. J'ai commencé le tango après mon divorce, pour sortir". Aujourd'hui, elle est totalement "accro" comme des centaines d'autres, tous fascinés par l'ambigüité de cette danse.
"Le tango est polémique. Les corps sont en proximité, ce qui appelle une relation. C'est très érotique, on le sait, et c'est aussi pour ça qu'on y va", reconnaît Maria Marta Sicilia, une Argentine qui tient un stand de vêtements sur le site du "mondial".
Elle est aussi chorégraphe de tango de scène, plus acrobatique que le tango de salon, dansé dans les milongas. Ces deux styles sont en compétition au championnat du monde où chaque catégorie a ses adeptes venus en majorité d'Argentine mais aussi de 14 autres pays.
Mais la concurrence pour les "étrangers" est féroce avec 339 couples d'Argentins et il est essentiel de se faire remarquer. Une des danseuses, enceinte, impressionne de légèreté, tandis qu'une autre laisse derrière elle une poussière d'argent sur la piste.
La voix off n'annonce pas le pays d'origine des candidats "pour garantir l'impartialité du jury", explique Paula du service d'organisation. Mais au-delà de ces problèmes d'appartenance culturelle, les concurrents se méfient parfois d'eux-mêmes.
"Le tango, c'est la danse la plus proche du coeur. C'est une histoire de couple. Si on s'est disputé la veille, ça se voit", expliquent Patricia Porras et Javier Sanchez, tout juste descendus de scène. Ces Colombiens de 25 ans participent pour la première fois au championnat et sont conscients qu'il ne faut rien montrer aux autres concurrents et rester soudés.
Très prudents, ils prétendent ne pas être particulièrement curieux des couples étrangers, et invoquent la barrière de la langue. "Il y a ceux qui parlent espagnol et les autres". Comme par exemple Colleen, Taïwanaise de 26 ans venue a Buenos Aires pour suivre un stage dans une milonga qui, coïncidence heureuse, se déroule en même temps que le championnat.
"Les Asiatiques apprennent souvent le tango par défi, car c'est une danse à l'opposé de notre culture. La femme y est expressive et capricieuse", explique-t-elle. Un couple de Japonais vient de terminer sa prestation. Colleen applaudit, puis murmure: "un peu raide", avant d'ajouter: "Il faut reconnaître que les Latinos ont un style naturel. Même en travaillant, on reste toujours un peu sec", reconnaît-elle.
|
-
|
| 0 comment |
Posted by Baptiste Cadiou. Approved on Thursday August 24, @08:44AM [M] |
|
|
|